Je n'arrive pas à faire mon deuil : est-ce normal ?

Publié le 28 septembre 2026 à 11:19

Les semaines ont passé, puis les mois. Autour de vous, on a repris le cours des choses. On vous demande moins souvent comment vous allez, ou on vous fait comprendre, parfois sans le dire, qu'il serait temps d'aller mieux. Et vous, vous avez l'impression d'être resté à l'endroit exact où tout s'est arrêté.

« Je n'arrive pas à faire mon deuil. » C'est une phrase que l'on entend souvent en consultation, presque toujours dite avec un peu de honte. Comme s'il y avait un rythme à respecter, et qu'on était en retard. Je voudrais vous dire d'emblée que le deuil n'a pas de calendrier. Mais il arrive aussi qu'il se bloque, et cela peut se comprendre et s'accompagner.

Le deuil n'est pas un chemin en ligne droite

On entend beaucoup parler des « cinq étapes du deuil » : le déni, la colère, le marchandage, la tristesse, l'acceptation. Ce modèle a aidé beaucoup de gens à mettre des mots sur ce qu'ils vivaient. Mais il a souvent été compris comme un parcours à suivre dans l'ordre, et ce n'est pas ainsi que les choses se passent.

En réalité, le deuil avance par vagues. On peut se sentir mieux pendant quelques jours, puis être submergé par une chanson, une odeur, une date. On peut ressentir de la colère un an après, ou de la culpabilité à des moments inattendus. Ces retours en arrière ne veulent pas dire que vous n'avancez pas. Ils font partie du chemin.

Qu'est-ce que « faire son deuil » veut vraiment dire ?

L'expression laisse croire qu'il faudrait un jour tourner la page, ne plus souffrir, voire oublier. Ce n'est pas cela.

En psychanalyse, Freud parlait de « travail du deuil ». Le mot travail est juste : c'est un processus qui demande du temps et de l'énergie psychique. Petit à petit, il s'agit de reconnaître que la personne n'est plus là, et de détacher de la réalité de sa présence tout ce que l'on avait investi en elle : les habitudes, les projets, l'attente, l'amour aussi.

Faire son deuil ne signifie donc pas cesser d'aimer ou de se souvenir. Cela signifie trouver une autre place à la personne disparue, une place intérieure, qui permet de continuer à vivre sans que son absence occupe tout.

Pourquoi le deuil reste parfois bloqué

Une perte brutale ou traumatisante

Quand la mort est soudaine, violente, ou survient dans des circonstances difficiles, le psychisme n'a pas eu le temps de s'y préparer. Le choc peut figer les choses, et le deuil ne parvient pas à commencer vraiment.

Ce qui n'a pas pu être dit

Une dispute non réglée, un au revoir impossible, des mots qu'on aurait voulu dire. Ce qui est resté en suspens peut empêcher de laisser partir. On continue, au fond, la conversation interrompue.

La culpabilité

« J'aurais dû voir que ça n'allait pas », « J'aurais dû être là ». La culpabilité est très fréquente dans le deuil, même quand elle n'est pas fondée. Elle garde la personne endeuillée attachée à la perte, comme si souffrir restait une manière de se faire pardonner.

Une relation compliquée

On imagine souvent que le deuil le plus dur est celui d'une personne tendrement aimée. Mais perdre quelqu'un avec qui la relation était difficile, ambivalente ou douloureuse peut être tout aussi compliqué. On pleure alors aussi la relation qu'on n'a jamais eue, et qu'on n'aura plus la possibilité d'avoir.

Ce que cette perte réveille

Parfois, une perte en réveille d'autres, plus anciennes. Un deuil actuel peut venir raviver une séparation vécue dans l'enfance, un abandon, un deuil qui n'avait jamais été vécu. La douleur semble alors disproportionnée, parce qu'elle ne concerne pas seulement la perte d'aujourd'hui.

Les signes que le deuil devient trop lourd

La tristesse, les pleurs, la fatigue, les troubles du sommeil sont des réactions normales après une perte. Mais certains signes méritent d'être entendus, surtout quand ils durent. Vous n'arrivez plus à investir votre vie, votre travail, vos proches. Vous évitez tout ce qui rappelle la personne, ou au contraire vous ne pensez qu'à elle. Vous avez l'impression que la vie n'a plus de sens. Vous vous isolez de plus en plus. Vous vous sentez envahi par la culpabilité ou la colère.

Il ne s'agit pas de vous coller une étiquette, mais de reconnaître que vous portez quelque chose de très lourd, et que vous n'êtes pas obligé de le porter seul.

Ce qui peut aider à traverser le deuil

Se donner le droit d'être triste est déjà essentiel. Beaucoup de personnes endeuillées s'interdisent de pleurer devant les autres, ou se reprochent de ne pas aller mieux. La douleur a besoin d'avoir une place pour pouvoir se transformer.

Parler de la personne disparue aide aussi, même si l'entourage n'ose pas toujours aborder le sujet. Raconter des souvenirs, prononcer son prénom, garder certains rituels, écrire une lettre qu'on ne postera jamais : tout ce qui permet de mettre des mots et des gestes sur la perte participe au travail du deuil.

Enfin, prenez soin des besoins les plus simples : dormir, manger, voir un peu de monde, sortir. Le deuil épuise, et le corps a besoin d'être ménagé lui aussi.

Pourquoi consulter un psychothérapeute pour un deuil

Consulter ne veut pas dire que vous vivez mal votre deuil. Cela veut dire que vous avez besoin d'un espace pour le vivre.

En psychothérapie, il ne s'agit pas de vous faire « passer à autre chose » plus vite. Il s'agit de vous accueillir avec ce que vous ressentez, sans jugement, et de vous aider à comprendre ce qui rend cette perte si difficile à traverser : ce qui n'a pas été dit, ce qui se rejoue, ce que cette personne représentait pour vous. Ce travail permet souvent de retrouver peu à peu une vie qui a de nouveau du sens, en gardant un lien apaisé avec la personne disparue.

 

Je suis psychopraticienne à Cannes et Fréjus et j'accompagne des personnes traversant un deuil, récent ou plus ancien. Si vous ressentez le besoin d'en parler, vous pouvez prendre rendez vous. 

Si la douleur devient insupportable : si vous avez des idées noires ou pensez à mettre fin à vos jours, vous pouvez appeler le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24h/24. En cas d'urgence, composez le 15.